instrumentation : viole de gambe et synthétiseur
durée : 45'
année de composition : 2026
à propos :Cette œuvre est inspirée de l’essai La vie habitable de Véronique Côté qui y affirme que « nous allons, désorientés et incertains, cherchant partout hors de nous un indice, une trace du chemin à prendre. Je suis sûre, je suis certaine, que de nous remettre à écouter ce qui frémit au-dedans, frêle mais scintillant, sensible mais irréductible, est la meilleure façon de retrouver notre Nord perdu, rempli d’espace, de silence et de temps ».
J'ai tendu l'oreille, et ce que j'y ai entendu, ce sont de familières harmonies et mélodies. Ce qui frémit tente de transmettre leur éclat, leur fraîcheur, leur relief, grâce à l'utilisation du tempérament juste. Elles me font du bien : j’avais oublié leur goût, leur couleur. Je les redécouvre, vibrant sous mes doigts et dans mes oreilles. Ce qui frémit est une invitation à renouer avec cette part vulnérable et lumineuse que la modernité tend si souvent à étouffer.
L’œuvre repose sur un système d’harmonie juste conçu spécifiquement pour le projet. Les cordes et les frettes de la viole de gambe sont réaccordées, tout comme le synthétiseur. Cette approche fait apparaître des battements et des résonances entre les fréquences, donnant à la consonance une richesse et une stabilité nouvelles. Les savoureux intervalles ne demandent qu’à être écoutés et confèrent une plénitude au matériel diatonique qui demande une écoute profonde. La forme elle-même est en partie ouverte : j’ai fourni les matériaux, la structure et les principales indications, mais certains paramètres — durées, articulations, nuances, timbres, transitions et solos — ont été développés avec les interprètes Marie-Loup Cottinet et Daniel Añez dans un processus collaboratif. La partition et l’oralité deviennent ainsi deux outils complémentaires, permettant à la fois une construction formelle et une liberté expressive.
Ce qui frémit s’inscrit à contre-courant d’une culture qui valorise constamment la vitesse, l’efficacité, la productivité et le contrôle. Le tempérament égal, devenu dominant dans la pratique musicale occidentale moderne, constitue pour moi une métaphore féconde de cette logique : un système pratique et efficace qui uniformise les relations entre les hauteurs au prix d’une partie de leur richesse acoustique. À l’inverse, l’harmonie juste demande de ralentir, d’écouter et de prêter attention aux différences infimes entre les sons. De la même manière, le recours à l’improvisation et à une notation moins prescriptive redonne une place à l’individualité des interprètes et remet en question la hiérarchie habituelle entre compositeur et musicien. Je ne cherche donc pas à produire une œuvre qui représente l’anxiété de notre époque, mais à créer concrètement un autre espace : un espace où l’on peut ralentir, écouter, ressentir et retrouver une relation plus directe avec la matière, avec les autres et avec soi-même. Cette résistance passe ici par le son lui-même, par la simplicité assumée des mélodies, par la liberté laissée aux interprètes et par le refus de considérer la musique comme un objet à démontrer plutôt qu’une expérience à vivre.
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